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La mémoire de l’enfant : comment ça fonctionne ? 

mémoire enfants

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Le mot mémoire résonne de manière multiple quand on l’évoque sans cadre particulier. Mémorisation lors des apprentissages, mémoire affective et sensorielle à la manière de Proust, devoir de mémoire dans une perspective citoyenne… Les acceptions de ce mot sont diverses et recouvrent de nombreux champs scientifiques, mais aussi subjectifs. Que disent les sciences cognitives et les neurosciences sur la mémoire de l’enfant ? Comment fonctionne-t-elle et quel processus emprunte-t-elle lors des apprentissages ? En tant que parent et éducateur, connaitre les différents types de mémoire et en comprendre les processus opérationnels permet de mieux accompagner les enfants dans leur parcours scolaire et extra-scolaire.

Quels sont les 5 types de mémoire ? 

Il n’existe pas un seul type de mémoire qui permettrait de se rappeler de tout ce qui est utile à une vie humaine. De même, différentes parties du cerveau sont impliquées et il faut plutôt raisonner en terme de connexion et de réseaux neuronaux qu’en terme de localisation cérébrale. La mémoire évolue constamment et se fonde sur des acquis et des expériences passées et nouvelles. Le processus d’intégration varie selon des facteurs divers que nous allons détailler.

Selon l’Inserm, « la mémoire se compose de cinq systèmes interconnectés, impliquant des réseaux neuronaux distincts :

  • La mémoire de travail (à court terme) est au cœur du réseau.
  • La mémoire sémantique et la mémoire épisodique sont deux systèmes de représentation consciente à long terme. 
  • La mémoire procédurale permet des automatismes inconscients.
  • La mémoire perceptive est liée aux différentes modalités sensorielles. »

La mémoire de travail

Cette mémoire est celle des tâches quotidiennes et immédiates. La mémoire de travail fonctionne comme une mémoire tampon, sur un court terme. Les informations sont stockées le temps d’accomplir une tâche puis peuvent disparaître si elles ne retiennent pas l’attention pour être prises en charge par d’autres types de mémoire. Quand on lit par exemple, on progresse pas à pas grâce à la mémoire à court terme et on mémorise un certain nombre d’informations qui permettent de donner du sens et une cohérence à l’ouvrage en cours de lecture. Ces informations sont passées en stockage à long terme par le biais de l’analyse. Quelques semaines après la lecture, beaucoup de détails auront disparus et nous n’aurons retenu que quelques éléments jugés importants ou alors marquants pour des raisons externes au texte.

enfant qui lit

De fait, un certain tri s’effectue naturellement selon plusieurs critères propres au degré d’expertise du lecteur, mais aussi sa sensibilité propre et les échos avec d’autres données réactivées au moment de la lecture. Plus une information stockée est réactivée, plus elle a de chance d’être mobilisable rapidement. C’est pourquoi, la répétition est un facteur important dans la mémorisation des informations. Le nombre d’occurrences, mais aussi le contexte participent de cette mise en mémoire.

©Canva Pro

La mémoire sémantique

La mémoire sémantique procède du langage (sens des mots implicite et explicite). Elle rassemble un socle de connaissances du monde et de soi, indépendamment des conditions d’acquisition de ces informations. On pourrait la comparer à un dictionnaire encyclopédique. Elle s’enrichit et se modifie tout au long de la vie. La mémoire sémantique regroupe des « concepts génériques (sens des mots, savoir sur les objets), et de concepts individuels (savoir sur les lieux, les personnes…) », d’après l’Inserm. 

La mémoire épisodique

A contrario, la mémoire épisodique concerne les événements personnels qui sont autant d’« épisodes  » vécus et interprétés par les individus. Cette mémoire nous permet de nous situer dans l’espace et le temps, le passé comme le futur. Même si les enfants ont du mal à se représenter le temps et qu’ils vivent surtout dans l’instant présent, ils évoquent très jeunes (vers 3/5 ans) des épisodes de leur vie, des souvenirs de « quand ils étaient petits ». Ils ne savent pas bien quel âge ils avaient ni où se déroulait la scène, mais ce souvenir est bien présent.

Cette capacité de mémorisation se développe au fil des années et vers l’âge de 8/10 ans les enfants sont capables de dater et de localiser un souvenir avec précision. Ils arrivent aussi à se projeter à moyen terme. Parallèlement, les souvenirs anciens s’estompent et font place à des considérations plus générales et rejoignent alors la mémoire sémantique.

La mémoire procédurale

La mémoire procédurale est la mémoire des automatismes et de l’expertise. C’est celle qui permet de vivre au quotidien en utilisant ses acquis sans avoir à y penser consciemment. Par exemple, une fois que l’on sait nager ou faire du vélo, on n’oublie jamais et la réactivation des procédures est immédiate et automatique. Ainsi, grâce à l’automatisation des procédures, le cerveau est rendu disponible pour d’autres tâches conscientes. La mémoire procédurale s’acquiert progressivement par intégrations successives qui excluent petit à petit le contexte d’apprentissage pour se généraliser.

©Canva Pro

La mémoire perceptive

Autre mémoire implicite, la mémoire perceptive relève du fonctionnement des cinq sens. « Cette mémoire permet de se souvenir des visages, des voix, des lieux » (Inserm). Automatique comme la mémoire procédurale, elle « offre à l’humain la capacité d’économie cognitive », ce qui lui permet de se mobiliser sur d’autres opérations.

Mémoires et mémorisation : comment l’enfant apprend ?

Tout d’abord, il convient de tordre le cou à une idée reçue : non, le cerveau n’est pas un muscle que l’on pourrait développer. Il s’agit plutôt d’activer des connexions neuronales et de créer des chemins et même des réseaux. Or, pour utiliser une analogie, on connait d’autant mieux un trajet qu’on l’a pratiqué plusieurs fois. Et de cette connaissance découlent aussi des itinéraires bis, des chemins de traverse etc. De la même façon, on peut activer les connexions des neurones en se fondant sur les différents types de mémoire.

Le prérequis sensoriel

En premier lieu, un dépistage d’éventuelles déficiences est systématiquement pratiqué chez les enfants. Dès la naissance, l’audition puis la vue sont évaluées et si besoin un appareillage vient corriger les troubles auditifs ou visuels de l’enfant. En effet, la méconnaissance d’une déficience peut entraîner un retard dans les apprentissages car ceux-ci se fondent principalement sur les sens de la vue et de l’ouïe. En cas de diagnostic d’un handicap, l’enfant sera scolarisé dans des conditions spécifiques d’accueil (unités spécialisées et inclusion) et d’enseignement (recours à la langue des signes ou au braille par exemple).

Le parcours exemplaire d’Helen Keller nous montre combien les enfants déficients sont tout aussi capables d’apprendre et de se hisser à de hauts niveaux de connaissances et de compétences. Grâce à la plasticité du cerveau, d’autres chemins d’apprentissage permettent d’atteindre les mêmes objectifs.

Concentration et mémoire de travail

La mémoire à court terme ou mémoire de travail est la mémoire la plus sollicitée en classe. Elle nécessite un certain degré d’attention pour être efficace. C’est pourquoi toutes les mesures visant à améliorer la concentration des élèves influent sur la mémoire de travail. Il s’agira donc d’instaurer des rituels, de travailler dans un environnement calme, correctement organisé et rangé. De même, pour les devoirs à la maison, l’espace de travail et le moment ont une grande importance dans la concentration et, par ricochet, la mobilisation de la mémoire de travail.

©Canva Pro

La pédagogie interfère dans les processus de mémorisation

De plus, la pédagogie joue un rôle important car plusieurs facteurs interfèrent en faveur de la mémorisation. Il faut que les contenus soient adaptés à l’âge des enfants, mais qu’ils soient aussi répétitifs et attractifs.

En effet, le stockage des informations intervient suite à un processus de répétition. Par exemple, plus l’enfant revoit ses tables de multiplication et plus il a de chance des les mémoriser. D’autre part, la pédagogie s’appuiera sur des activités et approches variées pour augmenter la diversité des connexions et donc maximiser les chances de mémorisation. Pour continuer avec l’exemple des tables, il s’agira par exemple de les apprendre d’abord dans l’ordre, puis en commençant par la fin, puis par le milieu etc. À cela, il faut ajouter des jeux et des activités orales et écrites, des situations de réinvestissement, d’abord ritualisées (tous les matins), puis aléatoires.

De la mémoire de travail en phase de découverte à la mémoire épisodique puis sémantique et/ou procédurale, on peut constater que la mémorisation des tables passe par plusieurs étapes. Il en va de même pour la plupart des apprentissages.

Le rôle des différents types de mémoire dans la mémorisation

La mémorisation suppose un passage par chaque type de mémoire :

  • une première approche visuelle et auditive relayée par des prérequis. Lorsqu’il rentre à l’école l’enfant dispose déjà d’une base procédurale et sémantique qui lui permet de poursuivre ses apprentissages ;
  • la mémoire de travail en phase de découverte et d’entraînement et la mémoire épisodique qui associe un apprentissage à un contexte spatio-temporel. C’est la raison pour laquelle les enfants apprennent souvent mieux à l’école qu’à la maison. L’école et leur enseignant sont des points d’ancrage qui cadrent la mémorisation ;
  • puis la mémoire sémantique et/ou procédurale met fin à l’apprentissage pour passer au statut d’acquis.

À l’école, le système de notation actuelle « non acquis » « en cours d’acquisition » et « acquis » se réfère à ce processus par étapes. De même, on considère les objectifs dépassés lorsqu’il n’y a plus aucune erreur et que les connaissances sont mobilisables et réexploitables dans des contextes inédits.

Distinction entre types de mémoires et méthodes d’apprentissage

Les principaux facteurs de mémorisation

On parle souvent communément de mémoire visuelle, auditive ou encore kinesthésique. Ce qui entraîne une confusion dans la compréhension du processus de mémorisation.

On peut remarquer en effet une tendance à mémoriser via des supports visuels, auditifs ou une activité manuelle. Mais a priori, chaque individu dispose des mêmes aptitudes sensorielles, hors handicap. Et il est rare qu’un enfant ne possède qu’un seul support préférentiel de mémorisation.

Par ces trois mémoires invoquées on se rapproche des recherches du psychologue Howard Gardner, spécialiste en cognition et en éducation à Harvard. Celui-ci a développé la théorie des intelligences multiples qu’il dénombre à huit catégories. On y trouve par exemple l’intelligence visuo-spatiale, l’intelligence musicale et l’intelligence kinesthésique. Cette théorie fait l’objet de nombreuses critiques quant à la méthode qui a conduit à la forger. Cependant on peut relever plusieurs pistes intéressantes du point de vue de la mémorisation car elle se réfère aux processus.

©Canva Pro

Ce qui nous amène à pointer l’importance de trois facteurs dans la mémorisation :

  • les supports visuels : les affichages en classes et les documents individuels (textes, schémas, illustrations…) servent de support à la mémorisation ;
  • les discours et explications verbales participent également de la mémorisation, même s’ils ont tendance à la volatilité. À moins d’être répétés, rythmés et pourquoi pas mis en musique,
  • la manipulation ou expérience concrète est un bon vecteur d’apprentissage.

Activités manuelles et contexte affectif dans la mémoire à long terme

Ces trois points orientent les préparations de classe des enseignants et peuvent guider également les parents à la maison lorsqu’il veulent aider leurs enfants dans leurs apprentissages. Ainsi, il est profitable de faire répéter les connaissances en diverses situations et sous diverses formes (elles peuvent être dessinées et schématisées par exemple, en plus d’être reproduites oralement). Et les activités manuelles et créatrices favorisent également la mémorisation. Il existe encore bien d’autres facteurs qui influencent la stabilisation des apprentissages.

Ainsi, l’affectif et la mémoire épisodique interviennent également. Les enfants ont besoin de sécurité affective pour se construire et ils apprendront mieux s’ils apprécient et respectent leurs enseignants. L’enfant apprend d’autant plus volontiers qu’il s’investit affectivement dans cette tâche, du moins pour les plus jeunes. La conquête de l’autonomie inclut le détachement affectif envers ses enseignants ainsi que la prise de conscience qu’on travaille pour soi, pour son avenir. Mais l’aspect affectif demeure un facilitateur d’apprentissage, quel que soit l’âge.

Par ailleurs, les enfants mémorisent aussi plus facilement les contenus reliés à un événement (mémoire épisodique). C’est pour cette raison que les écoles organisent de nombreuses sorties culturelles. De même dans les familles, les visites et excursions pratiquées en famille marquent souvent les enfants qui s’en souviennent et les évoquent volontiers. Ils ne retiennent parfois que quelques détails, mais ils en tirent aussi une expérience générale qui complète des schémas et favorisent la mémoire sémantique.

Comment stimuler la mémoire de l’enfant ? 

La théorie de Gardner invite à ne négliger aucune piste pour faciliter les apprentissages de l’enfant. Au début, les parents interviennent pour faciliter l’approche multiple, puis plus tard l’enfant acquiert des capacités méta-cognitives. Il prend conscience de sa manière d’apprendre et des moyens les plus efficaces de mémoriser des contenus pour lui en particulier.

En tant que parent, il est possible d’aider son enfant à maximiser ses capacités de mémorisation. L’acquisition d’automatismes cherchera du côté de l’autonomie et de la prise de responsabilité. C’est en faisant qu’on apprend, donc plus l’enfant essaie de faire seul et tâtonne par essai/erreur plus il progresse dans ses apprentissages. Par ailleurs, des facteurs physiologiques rentrent aussi en compte dans la mémorisation. Ainsi, les parents veillent à ce que leur enfant ait un sommeil suffisant, une alimentation équilibrée et favorise son bien-être émotionnel et affectif. Un enfant qui rencontre des difficultés psychologiques (manque de confiance en soi, difficultés scolaires et comportementales, problèmes familiaux) pourra avoir plus de difficultés à mémoriser qu’un autre enfant. Tout simplement parce que ses pensées sont déjà occupées et qu’il a tendance à retourner les problèmes dans sa tête…

©Canva Pro

Voici quelques pistes d’activités simples et agréables à pratiquer à la maison pour développer les capacités de mémorisation :

  • apprendre et rythmer des chansons, comptines et poésies,
  • s’initier à un instrument de musique,
  • lire et relire ses livres préférés pour en découvrir toujours plus de détails dans l’illustration et de subtilités dans l’intrigue (voir notre article sur l’univers fantastique jeunesse),
  • apprendre une langue étrangère,
  • pratiquer des travaux manuels variés et contextualisés : tresser des paniers pour Pâques, faire un gâteau pour la fête des grands-mères, construire une cabane à oiseaux, dessiner ou peindre une scène imaginée à partir d’un livre, d’un film etc.
  • jouer à des jeux de société en solo ou en famille…

Quelle est la mémoire dominante de votre enfant : faites le test !

Voici quelques questions pour vous aider à déterminer le profil actuel de votre enfant. Est-il plutôt visuel (V), auditif (A) ou a-t-il besoin de bouger et de toucher (kinesthésique/K) ? Répondez par oui ou par non puis faites le compte ! Evidemment les résultats ne reflètent qu’un état à un instant précis. Votre enfant continue de grandir et poursuit son développement. Ses préférences peuvent évoluer ! Le résultat peut aussi montrer un profil équilibré entre les différentes mémoires.

Votre enfant apprécie :

  • les jeux de construction (K et V) : oui/non
  • écouter des histoires (A) : oui/non
  • faire des activités manuelles (K et V) : oui/non
  • pratiquer un sport (K) : oui/non
  • s’occuper des animaux domestiques (K) : oui/non
  • retrouver des amis pour discuter (A) : oui/non
  • visiter des musées (V) : oui/non
  • les longues balades dans la nature (K et V) : oui/non
  • apprend facilement les chansons et les poésies (A) : oui/non
  • parler à voix haute quand il joue tout seul (A) : oui/non
  • les cartes, les schémas (V) : oui/non
  • les BD (V) : oui/non
  • les films et les dessins animés (A et V) : oui/non
  • se balancer ou marcher pour apprendre ses leçons (K) : oui/non
  • lire les consignes seul plutôt que de les écouter (V) : oui/non
  • jouer au jeu du tangram (K) : oui/non
  • chanter (A) : oui/non
  • écouter des émissions de radio et podcast (A) : oui/non

Résultat : ……. ?

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