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Comment inventer une histoire à son enfant ?

inventer une histoire à son enfant

Les enfants adorent les histoires. Ils aiment en écouter, en lire et s’en inventer pour eux-mêmes et leurs amis. Et les adultes, parents et éducateurs peuvent également se prêter à ce jeu de partage. C’est l’occasion pour tout le monde, petits et grands, de s’autoriser à rêver éveillé et à déployer son imaginaire. Comment s’y prendre pour inventer une histoire, la raconter, lui donner du relief à l’oral ? Bien sûr il n’y a pas qu’une seule manière de s’y prendre et l’élan, l’envie sont déjà deux moteurs primordiaux pour se lancer. Voici quelques pistes pour démarrer votre narration et partager vos histoires, uniques et singulières comme vous et votre enfant.

Pourquoi inventer une histoire pour son enfant ?

Alors que votre bibliothèque croule sous les dernières nouveautés ou emprunts de bibliothèque, pourquoi explorer d’autres univers narratifs ? La richesse de l’édition jeunesse permet de trouver son compte d’histoires pour s’émouvoir, rire, s’instruire. Cependant, raconter sa propre histoire, imaginaire, réelle ou romancée, convoque d’autres ressorts du lien entre l’éducateur et l’enfant. Dans le cadre familial, l’histoire portée par la voix et la gestuelle d’un proche prend une valeur particulière. Ce que choisit de raconter l’adulte s’inspire de son expérience, de sa propre enfance et de ce qu’il souhaite transmettre. On peut même parler de patrimoine oral familial.

D’ailleurs, de nombreux auteurs ont tiré leurs romans ou contes d’histoires qu’ils avaient imaginées pour des membres de leurs familles, (petits-) enfants ou neveux. La plus célèbre étant sans doute la comtesse de Ségur (Les Malheurs de SophieUn Bon petit diable…). Mais de nombreux auteurs contemporains racontent aussi avoir écrit pour leurs propres enfants. C’est le cas du célèbre auteur Claude Ponti dont le premier ouvrage, L’album d’Adèle (Gallimard) était initialement destiné à sa fille Adèle. Au final, d’autres albums ont suivi et aujourd’hui il en a publiés près de 80 à l’école des loisirs, avec de nouveaux personnages dont le fameux poussin masqué Blaise.

Preuve que la richesse des interactions entre adultes et enfants peut s’avérer source d’inspiration inépuisable. Mais comment nous parents et proches des enfants pouvons-nous nous aussi accéder à cette création ? Et quels sont les bienfaits d’inventer une histoire à son enfant ?

Comment créer une histoire pour les petits ?

Inventer une histoire pour son enfant part souvent d’un élan, d’un besoin de complicité ou d’une nécessité de rebrasser des événements de la journée. Comme une envie d’être en dehors du temps, dans une bulle imaginaire. En définitive, la qualité de l’échange importe davantage que l’originalité de l’histoire.

Raconter une histoire pour transmettre de soi à ses enfants

Tout d’abord il faut garder à l’esprit une notion fondamentale : l’enfant fait confiance à l’adulte pour lui raconter une histoire qui fait grandir. Cette histoire, quels qu’en soient le style et les personnages, est porteuse de messages implicites qui font réfléchir. Une histoire inventée est avant tout personnelle et destinée à un enfant en particulier. Elle fait partie du registre de l’intime et n’a pas vocation à être transmise à d’autres enfants (sauf cas des écrivains bien sûr). Jacques, le papa d’une petite fille de 6 ans utilisatrice de l’enceinte Merlin a accepté de témoigner sur cette question.

« Je ne suis pas souvent à la maison à l’heure du coucher. Alors quand je suis là, ma fille me sollicite beaucoup. Nous avons établi un petit rituel du soir. Elle m’appelle quand elle est prête à dormir et je lui raconte une histoire de « Coco lapin ». Je ne sais pas trop comment ça m’est venu ce nom-là. Sans doute des restes de Winnie l’Ourson ! Toujours est-il que ce Coco lapin n’existe que pour nous deux. Il fait beaucoup de bêtises, même si sa maman le met en garde. J’avoue que dans ce registre c’est un peu moi enfant qui ressurgit ! Le pantalon neuf déchiré dans la cour, les bonbons mangés en cachette, les bombes à eau… J’aime bien partager ces petites histoires toutes simples qui se terminent toujours bien. Maintenant qu’elle a grandi, ma fille invente ses propres histoires de Coco Lapin qu’elle tient à me raconter. C’est très émouvant pour moi. J’ai vraiment le sentiment d’avoir partagé quelque chose d’important avec elle, quelque chose qui va rester entre nous longtemps. »

Jacques, papa de Capucine, 6 ans

Les sources d’inspiration pour créer une histoire pour enfants

Les sources d’inspiration sont multiples pour inventer une histoire. Comme on le voit avec Jacques, il peut s’agir de personnages revisités et d’anecdotes personnelles. Mais il n’y a pas de limites, seulement une envie de partager et de se faire plaisir en racontant.

Pour les personnages, on pourra puiser dans les registres variés des :

  • animaux (très fréquents en littérature jeunesse pour les plus jeunes, jusqu’à 8 ans),
  • personnages de livres (Cornebidouille inventée par Magali Bonniol et Pierre Bertrand), conte musical (Dorothy du Magicien d’Oz), opéra (Papageno inventé par Mozart), cinéma (Charlie Chaplin) et une infinité de personnages d’hier et d’aujourd’hui à convoquer pour l’occasion, de Barbapapa à Mortelle Adèle, en passant par Tom Tom et Nana et Emma et Loustic…
  • personnages historiques (Napoléon, Nelson Mandela…),
  • héros et super-héros, dieux et déesses de la mythologie égyptienne, gréco-romaine, nordique,
  • membres de la famille, ancêtres et amis,
  • le jeu de cartes à raconter (par exemple celui de Jean-François Barbier, Contes à la carte, Éditions Thierry Magnier).

Ensuite, le ou les personnages à l’oeuvre vivent une aventure, surmontent des épreuves et trouvent des solutions pour résoudre leurs problèmes.

Comment construire une histoire ou un conte pour enfant ?

La crainte des parents face à l’invention d’une histoire est double : ne pas avoir d’idées et ne pas réussir à terminer l’histoire. On a vu qu’en choisissant sa source d’inspiration et en utilisant son expérience personnelle les idées germent plus facilement. Maintenant voyons comment cadrer cette aventure pour qu’elle dure 10 à 15 minutes et non 1h ! Surtout si vous la racontez à l’heure du coucher. Comme votre récit part d’une improvisation totale, difficile d’en prévoir la fin à l’avance. Voici quelques conseils et techniques pour ne pas se laisser déborder et ne pas diluer votre intrigue.

Adopter un plan en 3 parties : exposition, développement, dénouement

Par exemple, imaginons qu’Ulysse échoue sur une nouvelle île qui semble déserte. Que fait-il ? Il part en exploration avec ses hommes. Que découvrent-ils ? Des boîtes impossibles à ouvrir. Que peuvent-elles bien contenir ? Et que pourrait-il tenter pour essayer des les ouvrir ? Un singe les observe et se moque. Sans doute sait-il quoi faire. Quelle ruse Ulysse va-t-il mettre en oeuvre pour l’amener à ses fins ? Il faut imiter le chant d’une sirène pour ouvrir les boîtes qui gardaient prisonniers des oiseaux magiques. Ceux-ci vont pouvoir guider Ulysse jusqu’à sa prochaine étape. Fin de l’histoire.

Dans cet exemple, on part du principe que l’enfant connait déjà l’Odyssée d’Ulysse. L’exposition présente les personnages. Puis survient le problème (comment ouvrir les boîtes) et les différentes possibilités (dont celle du singe), c’est le développement. Enfin Ulysse trouve une résolution et peut repartir.

Limiter le nombre de personnages

Il est préférable de se limiter à un personnage principal et deux ou trois secondaires pour garantir un format de type « conte oral ». En fonction de l’âge des enfants, le temps d’écoute varie entre 5 à 15 minutes. Plus il y a de personnages, plus vous vous sentirez obligés de développer et plus votre histoire s’étirera. Pour débuter, concentrez-vous sur un personnage central connu de votre enfant et dont vous imaginerez une aventure adaptée à ses préoccupations. Choisissez des personnages facilement identifiables auxquels vous prêterez votre touche d’originalité : un manchot inspecteur de police, un enfant aveugle qui lit dans les pensées, un chevalier sans cheval…

Relancer la narration en interrogeant l’enfant

inventer une histoire Ulysse

À chaque moment-clé, vous pouvez solliciter la participation de votre enfant. Ou s’il souhaite rester spectateur, vous pouvez poser vous-mêmes les questions et y répondre. Cela vous aidera à improviser la suite et relancera l’intérêt de votre jeune auditeur. Que va-t-il se passer ? Que pourrait faire Ulysse ? Si votre enfant vous donne des idées, veillez à garder la main. Sans quoi vous risquez de perdre le fil de votre intrigue ! Tout comme au théâtre, les acteurs ont l’habitude d’être harangués par les enfants, prenez en compte leur intervention et poursuivez.

@Evangelos Mpikakis pour Unsplash

Choisir un thème porteur

Pour inventer une histoire il faut improviser. Alors choisissez un thème avec lequel vous êtes à l’aise ! Si vous vous ennuyez, vous aurez du mal à convaincre. Que ce soit dans le registre de l’aventure, du fantastique ou du réel, il doit « se passer quelque chose ». C’est le ressort dramatique de toute histoire.

Ajouter des détails pour créer une atmosphère particulière

Par exemple ici avec Ulysse, ces boîtes peuvent être brûlantes ou glaciales, sentir mauvais ou dégager un parfum enivrant… Ces quelques détails surnaturels ajoutent à l’ambiance mystérieuse et plongent les jeunes oreilles dans un univers imaginaire complet. En sollicitant ses sens de façon abstraite, vous aidez votre enfant à se fabriquer des images mentales. Ce sont d’ailleurs ces images qui lui laisseront une impression durable d’enchantement et un souvenir précieux de ce moment passé avec vous.

Comment aider son enfant à inventer une histoire ?

On l’a vu avec l’exemple de Jacques et sa fille, les enfants ont aussi envie d’inventer leurs propres histoires. Dès l’âge de 2 ans, ils imaginent de courts scénarios mettant en scène leur doudou. Souvent accompagné de mime et d’objet, les histoires sont simples et brèves (doudou est tombé, doudou mange une carotte etc.). Après la scolarisation en maternelle et l’écoute de nombreuses histoires, les enfants développent leur répertoire de personnages et de situations (doudou organise une grande fête d’anniversaire, mais une sorcière lui jette un sort d’invisibilité). Avec l’âge ce répertoire s’étoffe et les enfants sont capables d’imaginer de nouveaux contextes. Ils s’inspirent de leur quotidien, de leurs émotions ainsi que d’une multitude d’informations (histoires, documentaires, visites de musées, théâtre…).

Cependant ils ont souvent du mal à trouver une résolution. Mais il ne faut pas oublier que conclure c’est aussi mettre fin au jeu. Et bien sûr les enfants n’ont jamais envie d’arrêter de jouer ! Pour les inciter à terminer leur histoire, vous pouvez limiter le temps avec un minuteur ou un sablier, ou encore programmer l’activité suivante (retour au calme ou tâche comme mettre la table…).

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