Aller au contenu
Accueil > Le Blog de Merlin > Lecture et écriture : bilan des apprentissages de GS et de CP à mi-parcours

Lecture et écriture : bilan des apprentissages de GS et de CP à mi-parcours

apprentissage de la lecture à l'école

Les classes de GS et de CP constituent le point de démarrage de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Bien sûr, les élèves se familiarisent dès la PS avec les lettres et acquièrent de l’expertise dans les classes supérieures. Mais les deux années de préparation et d’entrainement intense se déroulent en fin de maternelle et début d’élémentaire. Souvent, les parents s’interrogent sur les attendus scolaires. Qu’apprend mon enfant à l’école ? Qu’est-il sensé maîtriser à son niveau scolaire ? Si chaque enseignant mène ses propres projets pédagogiques, il suit cependant les programmes officiels de l’Éducation nationale. Trois enseignants de la région parisienne ont eu la gentillesse de répondre aux questions de Merlin. Ils nous donnent un aperçu des compétences travaillées en Grande Section et en Cours préparatoire à ce stade de l’année.

La phonologie : un prérequis indispensable à l’apprentissage du code syllabique

Mathilde, maîtresse de Grande Section explique : « la reconnaissance des sons est un préalable indispensable à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. J’utilise plusieurs entrées : les comptines, la lecture d’album, les histoires au format audio, les fiches avec des images qui illustrent un même son. Pour aborder ces sons, j’ai une progression précise : d’abord les voyelles, puis les consonnes les plus fréquentes. Enfin les syllabes, clé de voûte de l’apprentissage de la lecture. »

De son côté, Christophe, maître de GS précise : « la discrimination auditive des sons conduit les élèves à s’interroger sur le découpage en syllabes. On frappe dans les mains pour compter les syllabes. C’est important de faire la bascule entre les lettres de l’alphabet connues depuis la MS et consolidées en début de GS et leur emploi naturel dans la langue orale. On travaille beaucoup sur le rythme, sur les rimes. On observe autour de soi ou dans des magazines pour trouver des mots où on entend le son étudié. Ça commence par les prénoms puis progressivement on aborde d’autres champs lexicaux, en fonction des projets, des sorties. Par exemple, les élèves ont élaboré collectivement des affiches avec des images qui illustrent les sons. J’écris les légendes, mais je n’attends pas qu’ils sachent les lire. »

©Lauriane Albrecht

Les différentes graphies des lettres : capitale, cursive, scripte

En PS, l’enfant apprend à reconnaître son prénom puis à l’écrire en fin d’année. Au cours de la MS, il pourra reconnaître son prénom également en scripte, sans qu’il lui soit demandé de l’écrire. En effet, l’écriture scripte est celle des livres et non celle de l’écriture. Il est important de la reconnaître pour apprendre à lire. Mais l’apprentissage de l’écriture concerne uniquement la cursive, appelée aussi « attachée » puisque toutes les lettres sont reliées entre elles. L’écriture cursive répond à des règles strictes de tracé (de bas en haut), ce qui n’est pas le cas pour les lettres capitales constituées de bâtons. Certains enseignants réclament un sens de tracé pour les lettres capitales, d’autres estiment que ce n’est pas nécessaire et réservent cette exigence à l’écriture cursive.

Pour délier la main et la muscler, de nombreuses activités manuelles et graphiques sont menées en classe depuis la PS. Ainsi, la peinture permet un geste souple et ample, tandis que le dessin au crayon favorise la préhension de l’outil et le renforcement musculaire. De même, les élèves de PS et MS tracent des lignes obliques, horizontales et verticales, ainsi que des boucles et des ronds en prévision du tracé des lettres. Cependant, l’enfant ne fait pas toujours le lien entre l’activité d’arts plastiques et l’écriture. Face à une lettre, il peut être tenté de l’imiter et de la recomposer en la fractionnant. Il y a alors confusion entre dessin et écriture. L’un se contentant de ressembler, l’autre devant obéir à une norme pour être lisible par tous. Ce passage du graphisme à l’écriture nécessite une certaine maturité.

écriture cursive

Au final, trois facteurs influencent l’apprentissage de l’écriture : la tenue du crayon, la posture et le geste graphique. C’est pourquoi les maîtres et les maîtresses sont extrêmement vigilants à corriger rapidement les défauts de tracé. Pour permettre à l’enfant d’écrire de manière fluide et confortable pour lui, ils peuvent proposer un guide-doigt, corriger la position et l’organisation spatiale. Et surtout fournir un modèle avec des flèches pour indiquer le sens du tracé de chaque lettre.

©Lauriane Albrecht

Reconnaître des mots : un premier pas vers la lecture

La particularité des apprentissages en GS et CP tient beaucoup à la pluralité des approches. Certes, il y a une progression en fonction de la difficulté des sons étudiés. Mais surtout, plusieurs compétences sont travaillées en même temps. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’un côté la lecture et de l’autre l’écriture, mais les deux activités s’appuient l’une sur l’autre.

Mathilde complète son propos en indiquant : « en parallèle de la phonologie, je fais beaucoup de graphisme et d’écriture. J’utilise la méthode Danièle Dumont qui simplifie la graphie. Il y a les lettres rondes comme c, o, a et d. Et celles avec des boucles comme e et l, auxquelles s’ajoutent ensuite i, u et t. Chaque semaine, je fais une lettre ou deux. Par exemple, à la rentrée des vacances d’hiver, je fais l’écriture du a et du d. En même temps, je travaille les sons avec la méthode des Alphas. Chaque semaine, les élèves ont une fiche double : une pour l’écriture, l’autre pour la reconnaissance des sons avec notamment des exercices de localisation des lettres.

Quand les élèves ont appris le e et le l, on peut écrire « le ». À la fin de l’année, les élèves pourront écrire des mots et même des phrases très courtes s’ils sont prêts. Je leur propose d’écrire un mot ou plus et d’illustrer un moment de vie de classe. Le sens apporte une motivation supplémentaire. »

lecture d'album en GS

Quant à Christophe, il a recours à la lecture d’album pour aborder la logique narrative (images séquentielles à remettre en ordre). Celle-ci développe la compréhension littérale et les inférences, ainsi que le vocabulaire. Il en profite pour travailler le repérage visuel de groupes de mots par prélèvement d’indices (majuscule, lettre scripte, apostrophe). Ainsi, en s’appuyant sur la lecture de l’album Le P’tit bonhomme des bois*, les élèves repèrent chaque mention du personnage dans le tapuscrit (version dactylographiée de l’histoire) à l’aide du modèle au tableau. Un travail ardu en GS, mais qui fait sens dans le projet de lecture et d’art plastique (reproduction du décor, fabrication de masques pour interpréter les personnages de l’histoire).

©Lauriane Albrecht

La fluence : une compétence technique qui vise l’automatisation de la lecture

Lilas, maîtresse de CP, rappelle que la méthode syllabique demeure la méthode la plus efficace pour apprendre à lire. Forte de ses nombreuses années passées à enseigner au CP, elle a testé de nombreux outils. Et pour elle, pas de doute, seuls les rituels, la répétition, des exercices nombreux, variés et réguliers, conduisent les élèves vers la lecture. Cependant, tout comme les deux enseignants de GS ont tenu à le souligner, l’entrée dans la lecture dépend de la maturité de l’enfant. Mathilde parle de « déclic », Christophe souligne l’autonomie et Lilas une disposition psychologique.

En effet, il arrive souvent que des élèves aient l’air de ne pas s’intéresser à la lecture et semblent ne pas savoir lire. Puis subitement, sans que l’on sache exactement pourquoi, ils deviennent lecteurs. Alors, tout le travail qu’il a fourni jusque-là prend sens et il rattrape son retard en quelques semaines seulement. C’est pourquoi les programmes de l’Éducation nationale prévoient que l’apprentissage de la lecture se poursuive en CE1 afin de permettre à tous les élèves d’apprendre à leur rythme.

lecture en classe

Pour aider le plus grand nombre d’élèves à accéder au statut de décodeur, l’accent est mis sur la fluence. Ce concept désigne le décodage systématique des syllabes et des mots. Il permet d’exercer l’analyse visuelle par le repérage de syllabes qui font sens ou non. En évacuant la compréhension, qui fait l’objet d’un travail spécifique, l’élève se concentre sur la technique de la lecture. En pratiquant régulièrement, il gagne en rapidité et en efficacité. Lilas précise suivre une progression : « On n’attend plus que les élèves soient décodeurs pour travailler la fluence. On commence par les syllabes, puis les logatomes, puis les vrais mots puis des petites phrases. À ce stade de l’année, on lit des petites phrases, même des petits textes, voire des livres de premières lectures. »

©Michał Parzuchowski, Unsplash

Lire tous les jours pour stabiliser les compétences de lecture

Voici les conseils de Lilas pour favoriser l’apprentissage de la lecture en CP : « L’enfant doit lire impérativement tous les jours, au moins 10 minutes. Ça peut être n’importe quel texte qui fait sens pour l’enfant : emprunter un livre à la bibliothèque, une BD, un manga etc, mais aussi tout simplement déchiffrer le paquet de céréales. En cas de difficulté, on peut lire à deux : un parent commence, l’enfant continue. C’est important d’avoir une habitude de lecture, même pendant les vacances (surtout !).

D’autre part, ce n’est pas grave s’il déchiffre sans comprendre. Ce qu’on vise c’est le décodage, la tâche s’avère trop complexe si on mêle les deux. Et bien sûr, on peut faire de la compréhension à un autre moment. Ce n’est que quand le décodage sera parfaitement maîtrisé que l’on pourra travailler la compréhension dans une même séance. À la maison c’est pareil, vous pouvez très bien lire une histoire et vérifier qu’elle est comprise par votre enfant. Mais au début de l’apprentissage de la lecture, on ne peut pas demander à un enfant de décoder, de se souvenir des mots et de comprendre en même temps.

En général, on travaille deux sons par semaine. À ce stade de l’année, il nous reste encore des sons complexes à étudier comme ail, eil, gn, ph, x. Ça va assez vite pour pouvoir décoder au plus tôt des syllabes et des logatomes (mots inventés) puis des mots. Depuis décembre / janvier, tous les élèves sont décodeurs, donc on travaille surtout la fluence. La lecture autonome met plus de temps à s’installer et nécessite un déclic, un niveau de maturité variable en fonction des enfants. »

Un grand merci à Mathilde, Christophe et Lilas pour leur contribution !

*Danièle Dumont, Le geste d’écriture : Méthode d’apprentissage, Paris, Hatier, 2016

*Claude Huguenin, Olivier Dubois du Nilac, Les Alphas, Récréalire (méthode et supports)

*Pierre Delye, Martine Bourre, Le P’tit bonhomme des bois, Paris, Didier Jeunesse, 2003

La gazette de Merlin