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Et si on parlait un peu d’amour ?

Cette semaine, on fêtait la Saint-Valentin, officiellement fête des amoureux.
Mais l’amour, on le sait bien, ne se manifeste pas un seul jour dans l’année. Alors chez Merlin on ne va pas dérouler un catalogue de l’amour, ce serait tout à fait vain et inutile. En revanche en parler, évoquer ce qu’il nous apporte au quotidien, comment il construit et soutient nos vies d’enfant puis d’adulte. Se placer au plus près du coeur et sonder celui de nos bambins qui nous murmurent aussi de jolies choses. C’est prendre une belle bouffée d’oxygène et poursuivre son chemin avec davantage d’assurance et de confiance.

L’amour permet aux enfants de grandir en confiance

Les Grecs avaient bien perçu la multiplicité des sentiments amoureux en utilisant pas moins de quatre mots pour parler d’amour : Eros, Storgê, Philia et Ágapé.
Storgê désigne les relations émotionnelles familiales et renvoie à la notion de « prendre soin ». Ce terme s’applique particulièrement bien à l’amour parent/enfants.

En psychologie du développement, le terme d’amour n’est pas forcément employé, car on lui préfère celui d’attachement hérité du psychanalyste John Bowlby. Dès le stade intra-utérin, les parents commencent à développer une relation forte avec leur enfant à naître. Ensuite, ce sont les soins de nourrissage et d’hygiène qui viennent conforter la relation. En répondant favorablement aux besoins de leur bébé, les parents soulagent ses tensions et favorisent son bien-être. L’enfant développe ainsi un sentiment de sécurité qui lui permet de bien grandir. L’attention qu’il capte par le regard, les gestes et l’expression orale continue de nouer le lien. Celui-ci s’étoffe progressivement avec la multiplication des échanges verbaux.

amour filial

Si au démarrage de la vie, l’amour nait d’un fort lien de dépendance, celui-ci évolue vers de plus en plus d’autonomie et de respect mutuel. Et c’est cette distance qui permet aux enfants de prendre conscience de leur corps d’abord, puis de leur pensée. Et de devenir un individu à part entière, avec sa personnalité, ses goûts, ses talents et ses projets d’avenir.

© Kelly Sikkema sous Licence Unsplash

Amour parental : accompagner sans freiner

Le psychosociologue et écrivain, Jacques Salomé, rappelle que « le modèle de l’amour le plus profondément inscrit en chacun est celui de l’amour parental. (…) Dans son essence même, [il] est construit autour d’une double dynamique contradictoire : (…) une protection initiale [puis] une mise à distance progressive. C’est le seul amour offert aux enfants pour leur permettre de construire autonomie et indépendance vis-à-vis des parents, pour leur permettre un jour de les quitter et de construire leur propre devenir. »

L’amour parental ne repose pas sur l’intérêt, il n’attend rien en retour, c’est un amour inconditionnel. Les enfants savent qu’ils peuvent compter sur leurs parents, en toutes circonstances, valorisantes ou non. Le ciment de cette relation tient au sentiment de confiance, facteur fondamental pour entreprendre sa vie d’enfant et d’adulte.

« Si nous avons le devoir d’aimer nos enfants, c’est aussi parce que nous avons naturellement tendance à être affectueux à leur égard. »

David Hume, La morale. Traité de la nature humaine. Livre III, trad. P. Saltel, Paris, GF-Flammarion, [1740], 1993

Dans le cas contraire, les enfants qui ne peuvent pas compter sur l’attachement de leurs parents sont davantage susceptibles de présenter des troubles du comportement. En fonction de leur degré de résilience, les individus affrontent les épreuves de la vie avec plus ou moins de réussite. Ainsi, Boris Cyrulnik, psychiatre de l’enfant qui a étudié ce phénomène, a montré que les personnes traumatisées ou mal aimées dans leur enfance peuvent disposer de ressources colossales pour surmonter les difficultés. Il aborde cette thématique dans son ouvrage Résilience, connaissances de base chez Odile Jacob avec Gérard Jorland, mais aussi dans un podcast de France Culture La résilience et l’espoir.

Le bonheur d’être aimé en retour !

« Dans les enfants, [l’unité conjugale] se réalise dans quelque chose de spirituel, dans quelque chose où les parents sont aimés et qu’ils aiment également. »

F. Hegel, Principes de la philosophie du droit, trad. R. Derathé, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque des textes philosophiques », 1998.

amour parents enfants

Pourquoi retire-t-on tant de bonheur dans l’amour filial ? Outre l’abnégation parentale qui confère de la patience et de la persévérance, les bienfaits de l’amour parents/enfants sont multiples. Car ils regroupent tous ces moments de joie, de fous rire, de partage.

Autour d’un plat cuisiné à quatre mains, d’un jeu de société, d’une activité créative et/ou ludique. La liste est si riche, si unique et propre à chaque famille ! Elle cimente le lien d’affection qui nous unit à nos proches et fonde la réciprocité de ce lien d’attachement universel et singulier à la fois. Et que nos enfants voudront peut-être créer à nouveau dans leur vie d’adulte, auprès d’un être aimé.

©Sai De Silva sous licence Unsplash

Les amours enfantines

Impossible de ne pas évoquer les sentiments amoureux que les enfants éprouvent les uns envers les autres. Dès la maternelle, des enfants déclarent se marier ou être en couple. Pour faire comme les grands ? Peut-être ! Qui oserait résumer l’amour, même à 4 ans ? Quand on interroge les enfants sur leurs sentiments amoureux, on rencontre deux grands groupes : ceux qui les revendiquent et ceux qui les cachent. Comme chez les adultes en somme !

En général, ils ont du mal à expliquer leur choix. Ce qui est somme toute bien normal. Les parents sont bien placés pour savoir qu’une alchimie entre deux personnes s’analyse difficilement. Toutefois, les adultes aiment bien poser des questions aux enfants, comme s’ils cherchaient à percer les mystères dans le berceau de l’enfance. Ils sont souvent bien déçus. Car la réponse des enfants demeure limpide : « je ne sais pas » ou « parce que c’est comme ça » ou éventuellement un laconique « parce qu’il·elle est gentil·le ».

amours enfantines

Bien que souvent les parents s’amusent de ces premières amours, certains s’inquiètent de leurs répercussions psychologiques. Lorsque cet amour leur semble trop intense ou encore non partagé, les parents craignent une blessure narcissique. Ils ont peur que leur enfant n’évolue que sur un schéma relationnel unique. Et se coupe d’autres interactions, expériences avec d’autres camarades. Or, il est inutile de s’inquiéter puisque le comportement d’un enfant ne préjuge en rien de son avenir.

Un enfant est un explorateur du monde, il expérimente, apprend de ce qu’il fait et de ce qu’il observe autour de lui. Il fait preuve d’une curiosité naturelle envers le monde qui l’entoure. Les sentiments en font partie.

L’amour d’aujourd’hui portera ses fruits demain

D’après Didier Lauru, psychiatre et psychanalyste, « l’enfant comprend qu’il ne peut pas se marier avec son papa ou sa maman, alors il se tourne vers des amoureux de son âge qu’il trouve beaux et gentils. »

Cependant, selon ce spécialiste, c’est plutôt la relation avec les parents qui influence la vie amoureuse. « La façon dont un enfant est aimé retentira sur sa façon d’aimer et de se laisser aimer. »

C’est pourquoi l’amour que nous manifestons à notre enfant détermine sa confiance en lui. Mais aussi sa confiance dans tous les aspects de sa vie future, dont sa vie amoureuse. La sécurité du sentiment amoureux renvoie vers une forme de narcissisme fondamentale. Pour s’aimer soi-même, se respecter et s’engager dans son chemin de vie.

Terminons avec cette poésie de René Char, qui dans sa Lettera Amorosa pose ces quelques mots simples :

Je ris merveilleusement avec toi.

Voilà la chance unique.

René Char, Lettera amorosa, pp 28-29, Poésie/Gallimard, Paris, éd. de 2007

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